Eulogy by Florence Swaters

Jacques Swaters with his daughter Florence

Chère Marylise, ma si belle-maman, Chère Martine, Cher Olivier, Chers cousins et cousines, ma tendre Maman, mes chers enfants, tous les petits-enfants, et vous tous, chers Amis…, à tous ici présents,

Il est de ces événements qui sortent tout le reste de nos pensées,

Certaines circonstances qui nous stoppent net dans notre lancée,
Il est de ces réalités que l’on n’était pas prêt à recevoir,

Certes, à plusieurs on est plus forts mais nous n’en sommes pas moins tristes…

Nous voici tous réunis une fois encore autour de mon Papa, cet homme incroyable, ce caractère exclusif, ce géant, ce fou de la vie, ce monstre sacré qui n’a jamais laissé personne indifférent, cet inconscient qui a bravé tous les interdits et tous les dangers, ce pilote téméraire qui a toujours roulé sans ceinture, qui a toujours trop fumé et trop bu, qui a toujours prouvé que rien n’était impossible,
Et qui a aimé jusqu’à en perdre la raison, un homme et son cheval, cabré pour l’éternité…

Que dire de cette âme torturée et si attachante que vous ne sachiez déjà…
Comment résumer en quelques mots une vie bue jusqu’à la lie, fumée jusqu’au mégot, vécue dans toute son intensité…

J’ai choisi d’évoquer avec et pour nous tous, les traits de caractère de l’homme qui nous ont donné à tous l’envie de l’aider, de le suivre, de l’accompagner, de l’admirer, de l’abandonner, ou de l’aimer ;

Toi que j’ai toujours appelé Mon petit Papa,
Je peux dire avec certitude que

Tu étais Brave,

Depuis le jour où tu te jetas, corps et âme, dans la résistance pour défendre ton pays du haut de tes seize ans, condamné à mort à 17, miraculeusement évadé et immédiatement reparti comme volontaire dans la British Army,

Tu étais Fou,

Quand, avec toute l’inconscience de tes 19 ans, tu as osé sauter une barre rocheuse lors d’une randonnée en montagne, et que tu t’es retrouvé très mutilé, ayant perdu un rein et immobilisé à l’hôpital pour des mois,

Tu étais Téméraire,

Pour te jeter dans la compétition automobile juste après la guerre et y dépenser jusqu’au dernier des francs de ton héritage, simplement pour te faire peur au volant d’un bolide,

Tu étais Déterminé,

Pour vouloir absolument être le quatrième mousquetaire d’une expédition folle, obtenant les quelques 18 visas nécessaires en 3 jours, pour faire partie de  l’expédition d’Ieteren, qui quitta Bruxelles en octobre 1950 avec une voiture et une camionnette Volkswagen, pour rejoindre le Congo Belge et revenir, soit parcourir 25.000km de pistes africaines,

Tu étais Inconscient,

Amoureux du désert et de l’Afrique, pour avoir osé emmener ta femme Marylise en vacances, traverser le désert du Sahara en Peugeot 504, avec pour toute assistance une boussole, et frisant la démence, quand, après la 125ème crevaison et à cours de rustines, tu la quittas pour partir chercher du secours à pied à Tombouctou en lui donnant pour seule consigne de ne pas bouger de là, de ne partir avec personne et d’attendre ton retour…

Tu étais Intransigeant,

Quand tu me rayas définitivement de ta vie, et pour la première fois, à l’aube de mes 20 ans, simplement pour une terrible différence d’opinion, sur laquelle nous n’étions toujours pas tombés d’accord la semaine dernière,

Tu étais Passionnant,

Quand vieillissant, tel un patriarche, et soutenu par le babillage de tes criquets espagnols, tu nous tenais en haleine des nuits entières, nous tes enfants et tes petits-enfants, pour nous raconter tes souvenirs, mais aussi pour nous donner tes directives, même si nous ne les demandions pas,

Tu étais Dingue,

Quant, ivre mort, les mêmes nuits vers 3h. du matin, après nous avoir raconté moultes anecdotes de ta vie, tu enfourchais ton quad et nous emmenais tous, nous et nos motos dans la fraîcheur des nuits d’été espagnoles, pour faire un tour dans un Rio duquel nous revenions au petit matin crottés, trempés, heureux et déssoulés,

Tu étais tellement Attachant,

Quand tu nous rassemblais tous tel un chef de tribu, pour nous emmener au bout du monde sous ton commandement bienveillant découvrir et partager de merveilleuses aventures,

Tu étais formidablement Généreux,

Dans ta façon si discrète d’aider les autres, ceux que tu avais choisi, et ceci bien souvent sans même qu’ils ne s’en rendent compte,

Mon petit Papa,
Tu nous as offert une vie exceptionnelle, à nous tous, tes amis et ta famille, tu nous as ouvert les yeux sur les merveilles du monde, tu as tellement élargi nos horizons…
Moi qui ai toujours cru que j’étais enfant unique et qui en ai été si triste bien souvent, j’ai compris que c’était  faux, tu m’as avant tout offert une sœur et un frère mais tu m’as aussi offert de par le monde une quantité de frères et d’amis aussi passionnés que toi qui me témoignent depuis une semaine que tu leur manqueras autant qu’à nous…

J’ai toujours cru que tu serais indestructible,
Jamais, je n’ai imaginé la vie sans toi, mais je comprends tellement bien que cette vie au point mort que tu menais depuis quelques temps n’était plus la tienne,
Le sang qui coule dans mes veines est le tien et à nous deux, je te jure que nous restons indestructibles, tu m’as transmis ta passion de la vie, ton énergie, et cette détermination dont tu as toujours fait preuve pour arriver à toutes tes fins…

Mon petit Papa,

Grâce à toi, le temps qui passe deviendra enfin mon allié car lui seul pourra atténuer les blessures que laisse ton départ.

Je ne serai plus jamais la même, mais je sais que dès demain brillera dans le ciel ton étoile pour éclairer mon chemin…

Florence.

Farewell to Jacques Swaters